vendredi 27 novembre 2009
lundi 2 novembre 2009
Les Amants Huîtres
Un homme – Une femme
L’homme pense Dense – la femme pense Jaune
L’un et l’autre ne pensent pas encore
L’un est Dense, l’autre est Jaune, point
L’homme aime
La femme aime
Très vite, la femme commence à penser, elle pense l’âge, elle pense ce que l’homme Dense pourrait penser. Elle pense que bientôt l’homme Dense la pensera Marron-Jeune.
La femme doute.
La femme Jaune devient femme Huître.
L’homme aime la femme Jaune mais n’aime pas la femme Huître.
Il préfère la femme Lionne.
La femme Huître de la femme Jaune éveille l’homme Huître de l’homme Dense.
Alors la femme Huître et l’homme Huître pensent : Ils pensent ce que l’autre pourrait penser, ils pensent ce qui pourrait arriver, ils pensent maladresses et situation délicate, ils pensent sans issus. La femme Huître pense que l’homme Dense se lassera. L’homme Huître pense que la femme Jaune le verra Gris d’ici peu de temps.
La femme Huître redevient la femme Jaune.
La femme Jaune aime sans penser.
Mais l’homme Huître n’est plus rassuré. Il pense que la Femme Jaune peut revenir femme Huître très facilement.
Il pense au décalage aussi, la femme est quand même très Jaune, lui est Dense et ne supporte pas l’idée de s’atténuer.
L’homme Huître quitte la femme Jaune.
La femme Jaune est triste, l’homme Dense aussi,
Ils ne pensent plus à penser, ils pansent le vide présent.
L’homme pense Dense – la femme pense Jaune
L’un et l’autre ne pensent pas encore
L’un est Dense, l’autre est Jaune, point
L’homme aime
La femme aime
Très vite, la femme commence à penser, elle pense l’âge, elle pense ce que l’homme Dense pourrait penser. Elle pense que bientôt l’homme Dense la pensera Marron-Jeune.
La femme doute.
La femme Jaune devient femme Huître.
L’homme aime la femme Jaune mais n’aime pas la femme Huître.
Il préfère la femme Lionne.
La femme Huître de la femme Jaune éveille l’homme Huître de l’homme Dense.
Alors la femme Huître et l’homme Huître pensent : Ils pensent ce que l’autre pourrait penser, ils pensent ce qui pourrait arriver, ils pensent maladresses et situation délicate, ils pensent sans issus. La femme Huître pense que l’homme Dense se lassera. L’homme Huître pense que la femme Jaune le verra Gris d’ici peu de temps.
La femme Huître redevient la femme Jaune.
La femme Jaune aime sans penser.
Mais l’homme Huître n’est plus rassuré. Il pense que la Femme Jaune peut revenir femme Huître très facilement.
Il pense au décalage aussi, la femme est quand même très Jaune, lui est Dense et ne supporte pas l’idée de s’atténuer.
L’homme Huître quitte la femme Jaune.
La femme Jaune est triste, l’homme Dense aussi,
Ils ne pensent plus à penser, ils pansent le vide présent.
dimanche 1 novembre 2009
samedi 27 juin 2009
Fait D'hivers Du 25 Décembre 2008
Au 24 rue de la vie sans remous, le 24 décembre, la famille Untel s’apprêtait à fêter la naissance du petit Jésus comme il est de tradition ce jour là.
Le sapin, protagoniste indispensable de cette période de l’année ne manquait pas au rendez-vous. La maîtresse de maison, du 24 rue de la vie sans remous, avait pris soin de le décorer, non pas de n’importe quelle manière comme chaque année, où le rouge se mélange avec le bleu et le bleu avec le vert, mais avec une direction artistique très définie. Cette année, en effet, M. Sapin fût décoré d’une unique couleur grise métallisée, accordée à toutes les voitures garées en face de la maison, celle de Jean le Pirate & Edith la Malice, Pierre l’homme aux multiples pieds, et celle, bien entendu, de l’Homme à la hernie photographique.
16h36
Edith et Jean débarquaient au repère avec l’Oncle d’une fois l’an.
L’Homme à la hernie photographique, la maîtresse de maison et Pierre les attendaient dans le salon.
La famille Untel aurait pu être au complet à ce moment là, si les trois gorets n’avaient pas choisi ce jour, ce jour précis, ce jour de, ce jour fameux, ce jour veille du jour où, pour faire des roulés boulets Joséphine dans la neige.
20H00
Les trois gorets sont aux abonnés absents. Les fourneaux de la maîtresse de maison se déchaînent. Branle-bas de combat dans les cuisines : Casseroles - ustensiles - récipients - aliments - condiments, tous sont mobilisés.
20H45
La maîtresse sonne les trompettes, son contingent vient de remporter une bataille : Le repas est prêt, le champagne est sur la table. Mais à l’horizon pas de nouvelle des trois gorets.
La tribu attend dans le salon avec une patiente impatience.
21h00
On ne s’y attendait plus : Entrée fracassante des trois gorets. L’atmosphère saturée retrouve un peu de leste.
21H05
Action douche des trois gorets.
Action Emballage Papier Cadeau activée.
Les couloirs du 24 rue de la vie sans remous se transforment, alors, en champs de course ! Épreuve classique de cette époque de l’année, et pas des moins difficiles quand on s’y prend à la dernière minute. Dans un premier temps, il faut aller chercher l’unique rouleau de papier cadeau, discrètement, dans la commode du salon où les invités d’une patiente impatience attendent le coup de feu des festivités. Gorette se fait doubler dans le virage par la maîtresse de maison qui elle non plus n’a pas emballé ses cadeaux. Le temps presse les invités attendent. La tension monte, faire preuve de rapidité, d’efficacité, de précision. Non, non, ne pas déchirer le papier cadeau même pour ceux avec des formes bizarres. Quelle idée d’offrir des pots de confiture à Noël! Épreuve terminée, Gorette essuie la sueur de son front!
21h43
La pression se relâche. La famille Untel est enfin disposée à commencer la soirée. Décontraction, rires, les « alors tu deviens quoi? » prennent l’espace, champagne petits fours et autres traditionnels gâteaux apéritifs les accompagnent.
21h47
L’Homme à la hernie photographique commence son petit manège qui durera les trois jours suivants : Photo – souriez – une autre par ci, une autre par là et puis de profil, portrait, tous ensemble, seul, la table, les verres, le repas, la salle, le plafond, le chat, les boules de Noël rien n’échappe à son œil télescopique au point que plus personne n’y porte de l’attention.
22h28
Le repas se déroula sans incident, dans une ambiance tout à fait détendue tout à fait commune à un repas de Noël familial.
Malgré l’agitation de la veille, c’est le lendemain que les événements inattendus surgirent.
9h30
Les lève-tôt s’éveillent doucement dans la maison dormante. Préparent le petit déjeuner pour toute la tribu. Discrètement glissent un paquet cadeau ou deux sous M. Sapin.
Petite parenthèse ethnologique : l’ordre de réveil est déterminé par l’âge de nos protagonistes. Edith & Jean et Pierre sont les premiers levés, suivis de la maîtresse de maison et de l’Homme à la hernie photographique, suivis des trois gorets. L’Oncle d’une fois l’an étant l’exception qui confirme la règle vu qu'il se leva après les 3 gorets.
12H00
Tout le monde est à peu près éveillé. M. Sapin a des cadeaux avec emballage plein les pattes.
M. Sapin a perdu son pouvoir avec les années, il n’est plus comme dans le passé source d’attraction, d’envie, d’impatience. Même avec ces emballages aux pieds, l’assemblée ne lui prête qu'une indifférence déconcertante.
13H00
La maîtresse de maison demande si l’opération anéantissement des emballages cadeau se fait avant ou après le repas. D’une mollesse collective la tribu choisit après.
14H00 Apéro
14H47 Entrée
15H 23 Plat
16H 08 et …DUPERIE.
Mme Thibault, femme de Monsieur Thibault, (fameux pâtissier de bûches glacées, de mousses exotiques et chocolatées, responsable des desserts des fêtes de la famille Untel depuis déjà quelques noëls), a failli aujourd'hui même. Les 18 yeux, ou plutôt les 17, Jean le pirate n'en n'ayant plus qu'un de valide, n'étaient pas rivés sur la mousse chocolat-café comme il se devait mais sur une mascarpone-cassis. Scandale!, au scandale!, a crié l'un en se levant, le jour de noël se faire duper! le dessert en plus! Scandale, au scandale! La proposition de la ramener fut lancée par les pro-chocolat, mais les pro-gourmand-je-mange-tous-ce-qui-est-bon-à-manger lorgnaient le cassis source de la dispute. Il y eu scission dans l'assemblée. Les pro-chocolat, prêts à remballer, clé de voitures en main face aux gourmands sans histoire pelle à la bouche. Ces derniers ont mis le premier coup, ils ont coupé sauvagement la bûche en fines tranches, les ont distribuées, avalées, mâchées, et maintenant digérées. Personne n'a pu répliquer les pro-chocolat chaos. Même la bûche sujet de la discordance n'a pas eu son mot à dire dans toute cette histoire, alors qu'elle était la première concernée. Elle fut engloutie en deux secondes, il ne resta que peu de preuves pour la différencier d'une chocolat-café.
La famille Untel se réconcilia autour de M. Sapin désespéré d’être abandonné ce jour là.
P.S :
19H00
Edith la malice offre à Jean le pirate des nouvelles charentaises bleues qu’elle avait oubliée de mettre sous M. Sapin.
Bruxelles, Juin 2009
Le sapin, protagoniste indispensable de cette période de l’année ne manquait pas au rendez-vous. La maîtresse de maison, du 24 rue de la vie sans remous, avait pris soin de le décorer, non pas de n’importe quelle manière comme chaque année, où le rouge se mélange avec le bleu et le bleu avec le vert, mais avec une direction artistique très définie. Cette année, en effet, M. Sapin fût décoré d’une unique couleur grise métallisée, accordée à toutes les voitures garées en face de la maison, celle de Jean le Pirate & Edith la Malice, Pierre l’homme aux multiples pieds, et celle, bien entendu, de l’Homme à la hernie photographique.
16h36
Edith et Jean débarquaient au repère avec l’Oncle d’une fois l’an.
L’Homme à la hernie photographique, la maîtresse de maison et Pierre les attendaient dans le salon.
La famille Untel aurait pu être au complet à ce moment là, si les trois gorets n’avaient pas choisi ce jour, ce jour précis, ce jour de, ce jour fameux, ce jour veille du jour où, pour faire des roulés boulets Joséphine dans la neige.
20H00
Les trois gorets sont aux abonnés absents. Les fourneaux de la maîtresse de maison se déchaînent. Branle-bas de combat dans les cuisines : Casseroles - ustensiles - récipients - aliments - condiments, tous sont mobilisés.
20H45
La maîtresse sonne les trompettes, son contingent vient de remporter une bataille : Le repas est prêt, le champagne est sur la table. Mais à l’horizon pas de nouvelle des trois gorets.
La tribu attend dans le salon avec une patiente impatience.
21h00
On ne s’y attendait plus : Entrée fracassante des trois gorets. L’atmosphère saturée retrouve un peu de leste.
21H05
Action douche des trois gorets.
Action Emballage Papier Cadeau activée.
Les couloirs du 24 rue de la vie sans remous se transforment, alors, en champs de course ! Épreuve classique de cette époque de l’année, et pas des moins difficiles quand on s’y prend à la dernière minute. Dans un premier temps, il faut aller chercher l’unique rouleau de papier cadeau, discrètement, dans la commode du salon où les invités d’une patiente impatience attendent le coup de feu des festivités. Gorette se fait doubler dans le virage par la maîtresse de maison qui elle non plus n’a pas emballé ses cadeaux. Le temps presse les invités attendent. La tension monte, faire preuve de rapidité, d’efficacité, de précision. Non, non, ne pas déchirer le papier cadeau même pour ceux avec des formes bizarres. Quelle idée d’offrir des pots de confiture à Noël! Épreuve terminée, Gorette essuie la sueur de son front!
21h43
La pression se relâche. La famille Untel est enfin disposée à commencer la soirée. Décontraction, rires, les « alors tu deviens quoi? » prennent l’espace, champagne petits fours et autres traditionnels gâteaux apéritifs les accompagnent.
21h47
L’Homme à la hernie photographique commence son petit manège qui durera les trois jours suivants : Photo – souriez – une autre par ci, une autre par là et puis de profil, portrait, tous ensemble, seul, la table, les verres, le repas, la salle, le plafond, le chat, les boules de Noël rien n’échappe à son œil télescopique au point que plus personne n’y porte de l’attention.
22h28
Le repas se déroula sans incident, dans une ambiance tout à fait détendue tout à fait commune à un repas de Noël familial.
Malgré l’agitation de la veille, c’est le lendemain que les événements inattendus surgirent.
9h30
Les lève-tôt s’éveillent doucement dans la maison dormante. Préparent le petit déjeuner pour toute la tribu. Discrètement glissent un paquet cadeau ou deux sous M. Sapin.
Petite parenthèse ethnologique : l’ordre de réveil est déterminé par l’âge de nos protagonistes. Edith & Jean et Pierre sont les premiers levés, suivis de la maîtresse de maison et de l’Homme à la hernie photographique, suivis des trois gorets. L’Oncle d’une fois l’an étant l’exception qui confirme la règle vu qu'il se leva après les 3 gorets.
12H00
Tout le monde est à peu près éveillé. M. Sapin a des cadeaux avec emballage plein les pattes.
M. Sapin a perdu son pouvoir avec les années, il n’est plus comme dans le passé source d’attraction, d’envie, d’impatience. Même avec ces emballages aux pieds, l’assemblée ne lui prête qu'une indifférence déconcertante.
13H00
La maîtresse de maison demande si l’opération anéantissement des emballages cadeau se fait avant ou après le repas. D’une mollesse collective la tribu choisit après.
14H00 Apéro
14H47 Entrée
15H 23 Plat
16H 08 et …DUPERIE.
Mme Thibault, femme de Monsieur Thibault, (fameux pâtissier de bûches glacées, de mousses exotiques et chocolatées, responsable des desserts des fêtes de la famille Untel depuis déjà quelques noëls), a failli aujourd'hui même. Les 18 yeux, ou plutôt les 17, Jean le pirate n'en n'ayant plus qu'un de valide, n'étaient pas rivés sur la mousse chocolat-café comme il se devait mais sur une mascarpone-cassis. Scandale!, au scandale!, a crié l'un en se levant, le jour de noël se faire duper! le dessert en plus! Scandale, au scandale! La proposition de la ramener fut lancée par les pro-chocolat, mais les pro-gourmand-je-mange-tous-ce-qui-est-bon-à-manger lorgnaient le cassis source de la dispute. Il y eu scission dans l'assemblée. Les pro-chocolat, prêts à remballer, clé de voitures en main face aux gourmands sans histoire pelle à la bouche. Ces derniers ont mis le premier coup, ils ont coupé sauvagement la bûche en fines tranches, les ont distribuées, avalées, mâchées, et maintenant digérées. Personne n'a pu répliquer les pro-chocolat chaos. Même la bûche sujet de la discordance n'a pas eu son mot à dire dans toute cette histoire, alors qu'elle était la première concernée. Elle fut engloutie en deux secondes, il ne resta que peu de preuves pour la différencier d'une chocolat-café.
La famille Untel se réconcilia autour de M. Sapin désespéré d’être abandonné ce jour là.
P.S :
19H00
Edith la malice offre à Jean le pirate des nouvelles charentaises bleues qu’elle avait oubliée de mettre sous M. Sapin.
Bruxelles, Juin 2009
lundi 22 décembre 2008
Mamie Rose
Mamie Rose pense. Elle ne bouge plus beaucoup mais elle pense. Je le vois dans ses yeux, à leur manière de regarder par la fenêtre. Des journées entières par la fenêtre, dans le bleu du ciel. Un oiseau passe et ils brillent. Un arbre en fleur et ils rient. La force de Mamie Rose, elle s’est envolée avec les années.. Je crois qu’en fait Mamie Rose est usée comme le cuir de son fauteuil qu’elle ne quitte jamais. Elle a trop travaillé, elle était couturière. Elle brodait point par point des napperons, des nappes, des serviettes, des porte-serviettes, des fleurs, des naissances, des mariages, des jupons, des dessous, des dessus, des dedans, des derrières, des longs larges et en travers, des pour Marie, Denis, Jules et Thérèse, des pour grandes maisons, des pour les amis et ce n’est pas tout, il y avait les quatre enfants à la maison, les repas et le ménage, il ne va pas se faire tout seul, non ?
Alors aujourd’hui si elle passe ses journées dans son fauteuil rouge les mains posées sur les accoudoirs c’est qu’elle l’a bien mérité.
Alors aujourd’hui si elle passe ses journées dans son fauteuil rouge les mains posées sur les accoudoirs c’est qu’elle l’a bien mérité.
Avant elle n’avait pas cinq minutes pour s’asseoir, et un jour les enfants sont partis, la radio s’est allumée, le temps des réunions tupperware est arrivé. Enfin le fauteuil de cuir rouge a pu accueillir les lectures au coin du feu, les mots croisés, les journaux, les histoires pour les enfants, les grandes vacances des petits enfants, les gros bisous qui piquent et les câlins moelleux.
Les hivers ont passé. Les réunions se sont envolées. Les promenades se sont échappées. Les enfants étaient occupés.
« Martin et Jeanne viendront deux semaines cet été, je les amènerai. Tu n’auras qu’à les mettre dans le train pour le retour je leur ai laissé les billets, nous, on se verra à Noël. Bonne journée maman ».
Je dormais toujours dans la chambre bleue. Je dis « je dormais » parce qu’aujourd’hui on déménage Mamie. Dans une grande maison, une école pour vieilles personnes.
A partir de maintenant elle vivra là bas. Elle va y manger matin, midi, et soir. Je ne dormirai pas dans sa nouvelle maison, il n’y a pas assez de place. On viendra la voir la journée, le samedi ou le dimanche. Je n’aime pas trop la nouvelle maison de Mamie mais on dit que se sera mieux pour elle, qu'on s’occupera bien d’elle là bas parce qu’elle ne peut plus vivre seule parce qu’elle perd un peu la tête, et les jambes aussi, souvent on la retrouve par terre. On travaille beaucoup aussi. On a pas le temps. On a un planning très chargé. On est vraiment désolé. On doit s’organiser. Il fallait trouver une solution, on a choisi la meilleure pour elle. On, Le temps, le manque de temps, le fil du temps a fait de mamie un problème que l’on doit résoudre.
On se sont mes parents, ses enfants, mes oncles, mes tantes.
C’était la dernière fois que je dormais dans la chambre bleue. Je n’ouvrirai plus les fenêtres parce que ça sent la poussière au 7, rue de la reinette. Je ne verrai plus l’herbe jaune du jardin en été, le figuier en forme de palmier, et le linge sur son fil. Non, je ne me glisserai plus entre ma douce mamie et les gros bras de son fauteuils rouge pour des bisous piquants et des histoires extravagantes, je ne marcherai plus sur la pointe des pieds pour ne pas faire craquer le plancher le soir quand je me coucherai un peu tard et que c ‘est un secret. Maintenant pendant les vacances nous irons à l’école de Mamie. Nous nous assoirons sur des chaises blanches, pas de rouge, pas de vif, surtout de l’hygiénique. On mangera peut être un petit bout on se racontera des histoires et on rira je l’espère comme avant .Il est l’heure de partir. Adieu petite maison de mes vacances. Prends soin des oiseaux, du figuier, et du fil à linge.. Je m’occupe des souvenirs, je leur trouverai une petite place quelque part où aucune tempête ne pourra les emporter.
Je dormais toujours dans la chambre bleue. Je dis « je dormais » parce qu’aujourd’hui on déménage Mamie. Dans une grande maison, une école pour vieilles personnes.
A partir de maintenant elle vivra là bas. Elle va y manger matin, midi, et soir. Je ne dormirai pas dans sa nouvelle maison, il n’y a pas assez de place. On viendra la voir la journée, le samedi ou le dimanche. Je n’aime pas trop la nouvelle maison de Mamie mais on dit que se sera mieux pour elle, qu'on s’occupera bien d’elle là bas parce qu’elle ne peut plus vivre seule parce qu’elle perd un peu la tête, et les jambes aussi, souvent on la retrouve par terre. On travaille beaucoup aussi. On a pas le temps. On a un planning très chargé. On est vraiment désolé. On doit s’organiser. Il fallait trouver une solution, on a choisi la meilleure pour elle. On, Le temps, le manque de temps, le fil du temps a fait de mamie un problème que l’on doit résoudre.
On se sont mes parents, ses enfants, mes oncles, mes tantes.
C’était la dernière fois que je dormais dans la chambre bleue. Je n’ouvrirai plus les fenêtres parce que ça sent la poussière au 7, rue de la reinette. Je ne verrai plus l’herbe jaune du jardin en été, le figuier en forme de palmier, et le linge sur son fil. Non, je ne me glisserai plus entre ma douce mamie et les gros bras de son fauteuils rouge pour des bisous piquants et des histoires extravagantes, je ne marcherai plus sur la pointe des pieds pour ne pas faire craquer le plancher le soir quand je me coucherai un peu tard et que c ‘est un secret. Maintenant pendant les vacances nous irons à l’école de Mamie. Nous nous assoirons sur des chaises blanches, pas de rouge, pas de vif, surtout de l’hygiénique. On mangera peut être un petit bout on se racontera des histoires et on rira je l’espère comme avant .Il est l’heure de partir. Adieu petite maison de mes vacances. Prends soin des oiseaux, du figuier, et du fil à linge.. Je m’occupe des souvenirs, je leur trouverai une petite place quelque part où aucune tempête ne pourra les emporter.
Un frisson dans le dos, une larme au coin de l’œil, une main crispée sur la poignée une porte fermée..
Le fauteuil seul est resté.
Des sacs, des sacs à main, des sacs à souvenirs, des robes de tous les jours, des robes de nuit, des robes d’un soir. Et voilà un carton de plus. Que reste-t-il ? Plus que des broutilles. Et pourtant la maison est encore pleine. On dirait qu’elle part en vacances, un mois, un long mois. Oui elle part, mais cette fois il n’y pas de retour. Un départ pour le reste de sa vie. Certes, elle ne part pas très loin…
Mais pour qui je me prends ? De quel droit je me permet de l’amener entre d’autres murs qui ne connaissent rien de sa vie, qui ne l’ont jamais vu rire ou pleurer, qui n’ont pas supporté la mort de mon père, son mari, qui ne connaissent pas son histoire, des murs indifférents qui se moquent bien qu’elle soit triste ou heureuse, des murs dont on n’a jamais changé les tapisseries, ni celles de la cuisine, ni celles de la salle de bain. C’est ça que maman se prépare à vivre. Se retrouver du jour au lendemain dans une chambre vide, inconnue, sans complicité, sans souvenir, sans son propre vécu. Et c’est moi qui l’est poussée c’est nous ses propres enfants qui l’avons poussée à déménager, à vivre dans cette maison, cette maison de cadavres ambulants. Maison transitoire pour être plus claire. Et c’est moi qui suis en train de le faire ? Sa fille, sa propre fille à qui elle a appris à nouer ses lacets, à faire des gâteaux au chocolat le dimanche soir et la cane aux olives pour le jour des fêtes, qui s’est occupé d’elle quand tout le monde s’occupait du nouveau-né. Et aujourd’hui, quand elle a besoin de moi, quand elle demande de l’attention, je la décroche de son cadre pour l’enfermer dans un vieux placard que l’on oubliera un de ces jours . Aujourd’hui je suis le bourreau de ma mère. Je l’arrache de son fauteuil , de ses murs, de sa vie. Non on ne l’oubliera pas, bien sûr qu’on viendra la voir la samedi ou le dimanche. Bien sûr que c’est la meilleure solution.
Ma petite et douce maman ne m’en veux pas si il y avait une meilleure solution bien sûr qu’on l’aurait choisie. Si tu, si nous, habitions plus près de chez toi, si j’avais pu venir te chercher le soir pour manger avec toi, si je ne te savais pas seule, si je savais que quelqu’un était là pour s’occuper de toi, bien sûr que nous t’aurions laissée dans ta maison. Aujourd’hui ça n’est plus possible il faut des gens compétents pour te prendre en charge. On ne peut plus te laisser seule. Tout ira pour le mieux tu seras entourée tu te referas des amis, tu joueras au bridge, tu n’auras plus à penser à tes sacs de courses trop lourds pour toi, à tes repas qui deviennent un calvaire trois fois par jour, à prendre un bus pour la moindre petite affaire. Tu seras bien encadrée, bien entourée. Il ne faut pas que je me fasse du souci pour toi. Tout ira bien. Ne m’en veux pas ma douce petite maman. Je fais ce que je peux mais tu sais le travail, les enfants, je n’ai plus le temps…
On viendra te voir je te le promets, on viendra te chercher pour les longs week-ends et tu nous raconteras comment ça se passe ... On ne t’oubliera pas je te le promets.
Mais pour qui je me prends ? De quel droit je me permet de l’amener entre d’autres murs qui ne connaissent rien de sa vie, qui ne l’ont jamais vu rire ou pleurer, qui n’ont pas supporté la mort de mon père, son mari, qui ne connaissent pas son histoire, des murs indifférents qui se moquent bien qu’elle soit triste ou heureuse, des murs dont on n’a jamais changé les tapisseries, ni celles de la cuisine, ni celles de la salle de bain. C’est ça que maman se prépare à vivre. Se retrouver du jour au lendemain dans une chambre vide, inconnue, sans complicité, sans souvenir, sans son propre vécu. Et c’est moi qui l’est poussée c’est nous ses propres enfants qui l’avons poussée à déménager, à vivre dans cette maison, cette maison de cadavres ambulants. Maison transitoire pour être plus claire. Et c’est moi qui suis en train de le faire ? Sa fille, sa propre fille à qui elle a appris à nouer ses lacets, à faire des gâteaux au chocolat le dimanche soir et la cane aux olives pour le jour des fêtes, qui s’est occupé d’elle quand tout le monde s’occupait du nouveau-né. Et aujourd’hui, quand elle a besoin de moi, quand elle demande de l’attention, je la décroche de son cadre pour l’enfermer dans un vieux placard que l’on oubliera un de ces jours . Aujourd’hui je suis le bourreau de ma mère. Je l’arrache de son fauteuil , de ses murs, de sa vie. Non on ne l’oubliera pas, bien sûr qu’on viendra la voir la samedi ou le dimanche. Bien sûr que c’est la meilleure solution.
Ma petite et douce maman ne m’en veux pas si il y avait une meilleure solution bien sûr qu’on l’aurait choisie. Si tu, si nous, habitions plus près de chez toi, si j’avais pu venir te chercher le soir pour manger avec toi, si je ne te savais pas seule, si je savais que quelqu’un était là pour s’occuper de toi, bien sûr que nous t’aurions laissée dans ta maison. Aujourd’hui ça n’est plus possible il faut des gens compétents pour te prendre en charge. On ne peut plus te laisser seule. Tout ira pour le mieux tu seras entourée tu te referas des amis, tu joueras au bridge, tu n’auras plus à penser à tes sacs de courses trop lourds pour toi, à tes repas qui deviennent un calvaire trois fois par jour, à prendre un bus pour la moindre petite affaire. Tu seras bien encadrée, bien entourée. Il ne faut pas que je me fasse du souci pour toi. Tout ira bien. Ne m’en veux pas ma douce petite maman. Je fais ce que je peux mais tu sais le travail, les enfants, je n’ai plus le temps…
On viendra te voir je te le promets, on viendra te chercher pour les longs week-ends et tu nous raconteras comment ça se passe ... On ne t’oubliera pas je te le promets.
Les mains sur la table,
Les larmes sur son visage,
Le poids de la culpabilité sur ses épaules,
L’angoisse et le remords sur ses ongles rongés
Il est l’heure de partir
Mamie Rose entre à « L’Air Frais ». Elle ouvre ses sacs et cartons un à un. Elle accroche ses petits cadres, un au dessus de son lit, un sur la table de nuit, et une dizaine près de la fenêtre pour que la lumière lui ajoute une touche de gaieté. Ses napperons brodés elle en dispersa discrètement dans toute la maison. Elle garde toujours une serviette de fleurs dans les plis de sa jupe comme ça quand elle s’assoit près de la fenêtre, elle peut toucher point par point le souvenir du passé.
Ses enfants ne l’oublièrent pas tout de suite. Ils vinrent d’abord une fois par semaine le samedi ou le dimanche. Puis une fois sur deux. Ensuite une fois par mois. Plus tard une fois de temps en temps, une fois de temps à autre, une fois quand le temps leur était donné, un fois vite fait, une fois ils ne revinrent jamais.
Mamie Rose parmi les mamies roses regardait par la fenêtre. On ne savait plus si elle se résignait ou espérait.
Les années ont passé, son visage se figeait.Ses enfants ne l’oublièrent pas tout de suite. Ils vinrent d’abord une fois par semaine le samedi ou le dimanche. Puis une fois sur deux. Ensuite une fois par mois. Plus tard une fois de temps en temps, une fois de temps à autre, une fois quand le temps leur était donné, un fois vite fait, une fois ils ne revinrent jamais.
Mamie Rose parmi les mamies roses regardait par la fenêtre. On ne savait plus si elle se résignait ou espérait.
Un oiseau vole.
Un arbre en fleur.
Le vent dans les feuilles
Mamie Rose mourait.
Bruxelles, Novembre 2008
dimanche 21 décembre 2008
Les amants du 173, rue de la Victoire
Un jour
Une parole en l’air fut lancée
Juste pour rigoler
C’était à Bruxelles
C’était à deux heures trente du matin
C’était dans la nuit du mercredi au jeudi
Ils venaient de faire l’amour
Dans un petit appartement d’entre sol
Laissant voir pieds, roues, pattes et caniches,
Lumière diffuse, lumière confuse,
Rideaux tirés
Les amants en profitaient
Il était deux heures trente
Quand la porte a claqué
Une parole en l’air
Les amants en larmes
Il ne pouvait l’aimer
Il ne savait pourquoi
Elle ne pouvait l’entendre
Elle lui ouvrit la porte
Il sorti en pleurant
Elle pleurait aussi
Il partit
Elle claqua la porte,
S’effondra dans son lit
Il était parti
Elle avait lancé une parole en l’air
Qui se fracassa comme une pierre.
Bruxelles, Mai 2008
Une parole en l’air fut lancée
Juste pour rigoler
C’était à Bruxelles
C’était à deux heures trente du matin
C’était dans la nuit du mercredi au jeudi
Ils venaient de faire l’amour
Dans un petit appartement d’entre sol
Laissant voir pieds, roues, pattes et caniches,
Lumière diffuse, lumière confuse,
Rideaux tirés
Les amants en profitaient
Il était deux heures trente
Quand la porte a claqué
Une parole en l’air
Les amants en larmes
Il ne pouvait l’aimer
Il ne savait pourquoi
Elle ne pouvait l’entendre
Elle lui ouvrit la porte
Il sorti en pleurant
Elle pleurait aussi
Il partit
Elle claqua la porte,
S’effondra dans son lit
Il était parti
Elle avait lancé une parole en l’air
Qui se fracassa comme une pierre.
Bruxelles, Mai 2008
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